EN GUISE D’AVIS AUX JEUNES BELGES :
Envisagez un départ en HIGH SCHOOL aux USA avec PIE…
depuis la 4e secondaire jusqu’après la “Rhéto”
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3.14 s’intéresse ici aux raisons pour lesquelles les élèves belges, pourtant adeptes de mobilité, sont très à la traîne en termes de scolarisation à l’étranger.
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3.14 se penche notamment sur l’obstacle que représente la qualification EXPEDIS et invite les élèves du secondaire intéressés par un projet de vie en famille et à l’école aux USA, à se pencher sur la proposition PIE.
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En partant après la rhéto, l’élève peut bénéficier des conditions proposées par notre association (proposition unique en termes de coût)
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Mais PIE insiste également sur l’intérêt qu’auraient les jeunes Belges, âgés de 14 à 16/17ans, à s’affranchir, le temps d’une année, des contraintes de l’administration. En faisant fi des obligations induites par les équivalences, et en pariant sur les bienfaits à moyen et long terme d’un tel projet, l’élève wallon n’aurait-il pas tout à gagner ?
Une présentation 3.14 / Commentée par Claire (bénévole PIE / Étudiante en traduction-interprétariat) et Laura (enseignante en Fédération Wallonie-Bruxelles, master des sciences de l’éducation)

1 | Forces et faiblesse du système secondaire en Belgique
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Selon les critères de l’OCDE et les divers classements internationaux, le système d’enseignement secondaire en Belgique est performant —parfois même très performant, mais il recèle d’évidentes et lourdes faiblesses.
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La Constitution belge garantit aux parents et enfants une forme de liberté fondamentale de choix en matière d’éducation (établissements, pédagogies actives…) ce qui crée une saine émulation entre les établissements. C’est une force.
L’accessibilité financière, fruit d’un enseignement quasi gratuit jusqu’à 18 ans, en est une autre. Elle garantit une acquisition minimum des savoirs au plus grand nombre. Le niveau d’exigence, plutôt élevé, avec des programmes denses, donne un solide bagage de culture générale et classique aux élèves qui vont au terme du cycle (« rhéto ») et obtiennent leur diplôme de fin de secondaire. Les formations techniques et professionnelles sont quant à elles très structurées et préparent efficacement au marché de l’emploi ou à des études supérieures.
On dit souvent que l’école belge est une machine à produire de l’excellence, mais qu’elle fonctionne à deux vitesses. Car derrière ses bons résultats globaux, ce système éducatif cache des mécanismes d’exclusion persistants :
- Un système très hiérarchisé qui tend à valoriser l’enseignement théorique et qui crée un “système de relégation” par la négative
Au lieu d’être un choix positif, les filières techniques et professionnelles sont souvent utilisées comme des voies de repli pour les élèves en difficulté dans le général. Cela crée un sentiment d’échec précoce. C’est un point noir majeur. - Un système très compétitif, et donc très contraignant, qui dévalorise et exclut trop facilement les élèves qui pour une raison ou une autre décrochent (échec scolaire, difficultés personnelles, pression…).
- Un déterminisme social marqué
Les enquêtes PISA le confirment régulièrement : l’origine socio-économique de l’élève influence trop fortement ses chances de réussite - Des problèmes structurels : pénurie d’enseignants, lourdeur administrative, complexité du système (Wallonie et Flandre notamment), etc.
- Un taux de redoublement élevé
La Belgique est l’un des pays où l’on redouble le plus. Or, de nombreuses études montrent que le redoublement est souvent inefficace et coûteux, tant sur le plan humain que budgétaire. - Notons également que la Wallonie a le désavantage de proposer un système plus centralisé donc plus contraignant, plus clivant socialement, et moins performant que le système flamand (notamment en sciences et en anglais)
Discussion
Claire — Le système est performant, c’est vrai, mais il faut tout de même tenir compte des résultats PISA qui sont loin d’être satisfaisants et qui font apparaître de grosses failles, notamment un gros écart de performance entre la Wallonie et la Flandre…
Laura — Et c’est un système qui produit énormément d’inégalités, bien adapté qu’il est aux élèves qui ont de bonnes capacités, mais qui laisse les élèves en difficultés sur le carreau ! Or Les difficultés peuvent venir des capacités intrinsèques de l’élève, mais aussi d’une faiblesse provisoire, d’un accident de parcours (fatigue, perte de motivation, etc.).
Claire — Au final cela fait pas mal de monde et ces « décrochages » en nombre expliquent que, malgré sa haute exigence académique, l’école wallonne n’ait pas de bons résultats.
Laura — Il nous faut également insister sur le principe des filières. La force de notre école est d’en comporter de nombreuses (vaste choix d’orientation à la disposition des élèves du secondaire), mais le souci tient au fait que ces filières sont très cloisonnées et qu’elles sont organisées de façon pyramidale, avec l’idée sous-jacente que certaines filières sont valorisées et d’autres dépréciées. C’est une organisation en degrés !
Claire — De ce fait, un changement de filière est souvent vécu comme un déclassement.
Laura — Ce ressenti est compréhensible, car d’une certaine façon, on filtre les élèves, et qui plus est par la négative. À savoir : un élève est orienté vers telle filière, non pas parce qu’elle lui correspond, mais parce qu’il a échoué dans la filière « supérieure ». En schématisant, on garde un peu les meilleurs dans la filière « Générale » et ceux qui rencontrent des difficultés sont rétrogradés dans les filières dites « Transition », « Professionnelle », etc. C’est en cela que le système est élitiste.
Claire — D’autant qu’il ne prévoit pas vraiment de soutien personnalisé (en tout cas pas assez) en cas de difficultés ou de blocage.
Laura — Et d’autant que de mauvais résultats dans un seul cours suffisent à mener à un échec, donc à un redoublement ou à un changement de section ! C’est donc très frustrant et très stressant.
2 | Pourquoi, un élève Belge a-t-il tout particulièrement intérêt à envisager une césure durant son cycle de secondaire, en partant vivre et étudier une année à l’étranger ?
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Eu égard à tous ces angles morts du système belge qui transforment la scolarité dans le secondaire en une véritable “course d’obstacles”, une année de césure entre la 3e secondaire et la sixième secondaire (autrement dit entre 14 et 18 ans) agit comme une soupape de sécurité et un accélérateur de maturité.
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Partir un an à l’étranger permet de briser la logique de la « relégation », en sortant du cycle linéaire et punitif que l’on peut décrire ainsi : si on échoue, on redouble ou on descend de filière. L’élève n’est plus « celui qui a des difficultés scolaires », mais « l’étudiant international devenu bilingue et dont le parcours est riche d’une vraie expérience internationale ».
Ce changement de statut booste l’estime de soi et la confiance, souvent érodées par la rigidité du système local.
Le système belge est très académique. C’est dans ce contexte qu’une année à l’étranger amène le jeune à développer des compétences que l’école secondaire mobilise peu, à savoir l’autonomie réelle (gérer son quotidien loin de sa famille), l’intelligence émotionnelle (s’intégrer dans une culture et une famille d’accueil différentes), la résilience (surmonter le choc culturel et la barrière de la langue). Partir à l’étranger sur la longue durée donne donc au jeune Belge la possibilité d’acquérir cette “Soft Skill” fort utile qu’est l’ADAPTABILITÉ, laquelle ne s’apprend pas, ou si peu, à l’école.
Le marché de l’emploi en Belgique est unique par son exigence linguistique (Français/Néerlandais/Anglais). Le système francophone, en particulier, peine à rendre les élèves fluides en langues. Une année en immersion (aux USA ou ailleurs) permet d’atteindre une maîtrise que 6 ans de cours théoriques ne pourront jamais offrir. C’est un avantage comparatif majeur pour les futures études supérieures et la carrière d’un jeune Belge, un atout vital sur le marché du travail.
Beaucoup de jeunes Belges choisissent leurs études supérieures par défaut ou par pression sociale. En s’offrant une « pause » éducative et culturelle, en ouvrant son horizon d’apprentissage, l’élève/étudiant prend du recul sur son propre parcours. À partir de là, il se dessine un parcours original, puisqu’unique, personnel et adapté. Il revient souvent avec une vision beaucoup plus claire de ce qu’il veut (ou ne veut pas) étudier, sur ses compétences, ses envies, limitant ainsi drastiquement les risques de mauvaise orientation et donc d’échec (personnel et professionnel).
Discussion
Claire — Autre phénomène inquiétant : il y a, à l’évidence, de plus en plus en plus d’élèves en situation de « burnout scolaire ».
Laura — Le sur-stress dont nous parlions tout à l’heure, fruit de l’exigence et de la pression exercée par le système, suffit à expliquer qu’un élève pourtant « armé » au niveau des aptitudes puisse saturer totalement, et donc échouer. Même l’élève qui a de grosses capacités et un environnement favorable a peur de redoubler, peur de rétrograder, peur d’échouer. Ces peurs —qui planent sur l’école— participent, c’est évident, à l’explosion du taux de décrochage scolaire…
Claire — Dans ce cas-là, l’année à l’étranger est particulièrement profitable. Elle exerce pleinement ce rôle de soupape que nous avons déjà évoqué. J’insisterai sur la notion de parenthèse qu’offre un tel séjour.
Laura — Et j’insisterai de mon côté, sur l’idée d’individualisation du parcours, qui permet à l’élève de se démarquer, et également sur cette possibilité offerte à l’adolescent de découvrir une nouvelle façon d’envisager et de vivre les relations enseignant/élève.
3 | Une anomalie belge
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Examinons maintenant cette donnée statistique : comparatif des départs dits de longue durée (trois mois et plus) des élèves du secondaire en Europe (14 à 18 ans).
| Pays | Départs annuels | % d’une classe d’âge |
| Norvège | 2 400 | ~4,2 % |
| Danemark | 2 100 | ~3,8 % |
| Suède | 2 100 | ~1,9 % |
| Allemagne | 16 500 | ~2,1 % |
| Finlande | 1 100 | ~1,8 % |
| Italie | 10 500 | ~1,8 % |
| Espagne | 6 200 | ~1,2 % |
| Estonie | 180 | ~1,2 % |
| Belgique (Wallonie) | 600 | ~1,1 % |
| France | 4 200 | ~0,5 % |
Compte-tenu des bienfaits d’un tel séjour, on est en droit de s’étonner que la Belgique soit autant à la traîne ? Comment expliquer ce phénomène ?
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Il convient de s’intéresser de plus près aux cas français et belge, les deux pays se situant au bas de l’échelle.
Que la France soit totalement décrochée n’a rien d’étonnant. Les explications de ce côté-là sont connues. Elles tiennent :
> au sacro-saint baccalauréat (Parcoursup et ses incertitudes n’ayant rien arrangé à l’affaire),
> à la centralisation française et à la méfiance des autorités administratives envers tout ce qui ne relève pas du « programme officiel certifié »,
> à la peur de « l’année perdue », du redoublement (pas de reconnaissance de l’année d’études à l’étranger —contrairement à l’Italie par exemple—, mise à l’écart pour ne pas dire la mise au ban de l’élève).
> au fait que l’état ne propose aucune aide financière (contrairement à la Norvège ou au Danemark)
Mais le cas de la Belgique est plus étonnant. C’est le seul état du nord de l’Europe à avoir de si faibles statistiques. Or, compte- tenu du fait que les jeunes Belges (et Wallons en particulier puisqu’ils sont plus faibles en langues) ont tout intérêt à maîtriser l’anglais, ils devraient naturellement se situer dans le peloton de tête.
L’explication en réalité est assez simple. Elle tient principalement :
- À une absence de financement et d’aide publique pour ce type de programme (comme en France)
- À la rigidité du système (dont nous avons parlé plus haut) — Comme la France, et contrairement à tant d’autres pays (qui fonctionnent par « Credits » ou par modules), la Belgique fonctionne par blocs d’années rigides : en Belgique, on réussit ou on rate son année ! Des résultats jugés insuffisants dans une seule matière (ex : maths) suffisent à remettre toute l’année de l’élève en question. Le système sanctionne trop automatiquement : il est sélectif et punitif et manque totalement de flexibilité. En Belgique l’élève est vite déclassé (par le redoublement ou par le changement de section) et glisse très facilement de « Général » à « Transition », voire à « Qualification » ou à « Professionnel ». Dans ce contexte de stress et de déclassement potentiels, l’année à l’étranger est donc perçue comme très peu sécurisante pour l’avenir de l’élève.
- Et surtout, à un système de validation (de l’année à l’étranger) non garantie ! — Contrairement à l’Italie ou à la Norvège, où la loi oblige l’école à reconnaître l’année à l’étranger, le système mis en place en Belgique (appelé EXPEDIS) repose sur un contrat avec son école qui met totalement l’élève sous pression. La validation en Belgique passe en effet par :
– un dépôt de dossier avec son école avant le départ,
– un accord préalable de cette école, des évaluations pendant l’année,
– un suivi obligatoire de certaines matières pendant son séjour à l’étranger,
– un suivi de la scolarité (avec bulletins à la clef), des évaluations et un examen au retour…
– la validation au final va, qui plus est, dépendre de la décision souveraine d’un jury (conseil de classe) ! Cette insécurité contractuelle décourage beaucoup de familles et de jeunes qui, à juste titre d’ailleurs, craignent le redoublement au retour (dans la mesure où, au final, rien n’est garanti).
L’effet de cette validation, possible mais non garantie, est très perverse, car elle fait miroiter une forme d’équivalence, tout en menaçant d’une sanction l’élève qui s’engage dans les démarches.
Discussion
Claire — Il faut savoir que ce système EXPEDIS n’est absolument pas connu des élèves. Personne n’en parle, personne n’est même au courant.
Laura — C’est la même chose dans le monde enseignant ! J’ai interrogé mes collègues : ils n’en n’avaient jamais entendu parler. On se demande qui est informé de cette possibilité. Durant ma formation d’enseignante, on ne m’a jamais évoqué cette possibilité.
Claire — C’est d’autant plus dommageable quand on pense que beaucoup de jeunes redoublent et que pour eux cette année à l’étranger serait une aubaine. Elle se présenterait comme une respiration et une plus-value au lieu d’être perçue comme une redite et un échec !
Laura — Le système est tellement empêchant que les élèves et leurs parents n’envisagent même pas cette possibilité de partir au terme de leur 4e ou 5e secondaire.
Claire — J’ai noté en travaillant à PIE en France, que beaucoup de lycéens français cherchaient des solutions pour s’abstraire pour un temps de leur école, histoire d’enrichir leur parcours et de prendre un peu de hauteur. Dans leur présentation, beaucoup (presque tous même), évoquent leur « ras-le-bol » de leur école, des rythmes, de ce qu’ils connaissent par cœur ! Tous évoquent le besoin de faire une pause, de partir pour découvrir autre chose.
Laura — Alors qu’en Belgique, avant la Rhéto, ils se l’interdisent d’entrée. De manière globale l’administration scolaire, en Wallonie comme en Flandre, est plutôt auto-suffisante ! Elle ne regarde pas trop ailleurs, ne s’inspire que très peu des autres systèmes scolaires. Globalement, elle pense : « Notre méthode est la bonne et on restera comme cela ! » Dans les écoles où j’ai travaillé, je n’ai jamais vu personne présenter aux élèves ce type de programmes de longue durée. Il est dur dans ces conditions pour les adolescents de prendre la tangente et de se démarquer.
4 | Une autre anomalie belge : L’âge de départ
(pour un séjour de trois mois ou plus) :
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Le système belge empêche donc tout particulièrement l’élève. On en veut pour preuve cette autre statistique (ci-dessous), encore plus parlante, qui tient au pourcentage de départ à l’étranger sur la longue durée, par tranche d’âge (ou classe).
| Moment du départ | France | Belgique (Wallonie) |
Norvège Italie Allemagne |
| (14-16 ans) Troisième ou Seconde = 3 ou 4e secondaire |
~20 % | ~10 % | ~3 à 4 % |
| (16-17 ans)* Première = 5e secondaire |
~35 % | ~12 % | ~90 à 95 % |
| L’année du diplôme (17-18 ans) Terminale = 6e secondaire |
~20 % | ~3 % | ~1 % |
| Après le diplôme Post-Bac/Rhéto/ CESS) |
~25 % | ~75 % | ~ 0 à 2 % |
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En Norvège, en Allemagne ou en Italie, la garantie d’équivalence, la souplesse du système et les aides d’État poussent les élèves à partir durant le cycle de secondaire. Ces derniers partent donc en grande majorité entre 16 et 17 ans (équivalence de la 5e secondaire belge ou de la première française).
En France, les élèves qui font le choix de la césure d’une année scolaire acceptent d’emblée, puisqu’il n’y a pas d’équivalence mise en place, l’idée de « refaire » une année à leur retour. Ils choisissent de vivre cette coupure dans le cycle français comme une parenthèse enrichissante et prometteuse pour leur avenir à moyen et long terme. De ce fait, ils partent indifféremment en fin de troisième, seconde, première ou terminale, donc entre 14 et 18 ans. C’est ce que montre cette statistique.
En Belgique, les élèves et les parents sont pris dans le piège de l’équivalence non garantie. Ce système hypocrite, qui se présente finalement non pas comme la règle, mais comme une fausse dérogation à la règle, génère tant d’incertitudes qu’il en devient inquiétant pour les intéressés. L’élève est tellement déstabilisé qu’il ne peut pas se décider à partir. Par mesure de sécurité (pour ne pas « perdre une année ») et pour éviter les contraintes administratives (liées à EXPEDIS), il attend d’avoir sa rhéto pour partir ! D’où ce pourcentage très élevé quand on compare aux autres pays (75% contre 0 à 20% en moyenne ailleurs)….
C’est dommageable, car on sait que participer à ce type de séjour jeune (avant 17 ans) est très favorable : bienfaits plus marqués (langue, adaptabilité…). L’intégration est plus difficile pour les jeunes diplômés du secondaire, eu égard au décalage d’âge avec les élèves du pays d’accueil (pas de redoublement aux USA, par exemple). De plus, et même si ce n’est pas le cas à PIE, l’inscription des diplômés du secondaire est très limitée et très contrainte avec la grande majorité des organismes (WEP, AFS…).
Au final, la « fenêtre de tir » pour partir sur la longue durée pour un jeune Belge, eu égard à la pression, est donc particulièrement étroite :
- avant 16 ans (1er et 2nd degré – donc de la 1re à la 4e secondaires) tout séjour est rendu quasi impossible par l’administration belge (verrou du certificat – choix de l’orientation) ;
- en 6e secondaire, l’administration belge contraint l’élève qui veut obtenir son diplôme de fin d’études (CESS/Rhéto) à ne pas s’absenter plus de 3 mois de l’école ! Cela ferme les portes à tout séjour d’une année ! d’autant que constitutionnellement, une école belge ne peut pas déléguer son pouvoir de diplômer à une école étrangère (sous prétexte d’une absence de contrôle des programmes) ;
- un départ en 5e secondaire est envisageable, mais la 5e et la 6e secondaires formant un bloc prétendument « indivisible », les professeurs découragent les élèves de partir plus de trois mois, évoquant couramment une « perte des pré-requis », des « lacunes » et une absence de contrôle des savoirs, etc.
Discussion
Claire — En théorie (s’il joue le jeu du système), un jeune Belge se retrouve quasi obligé de partir après sa Rhéto. D’ailleurs ceux qui partent conçoivent le séjour comme une « deuxième Rhéto » à l’étranger.
Laura — À dire vrai, je n’ai jamais entendu parler —ni durant ma scolarité ni durant mes études d’enseignante— de jeunes Belges qui partent avant la Rhéto ! Je ne connaissais déjà pas ce type de séjours, mais je n’aurais, qui plus est, jamais pensé qu’ils étaient envisageables dans le cours du cycle secondaire. Or cette idée de pause, de parenthèse dans le parcours, me paraît très favorable. Je le vois même comme un tremplin, un accélérateur.
Claire — Partir plus jeune a pourtant de gros avantages en termes d’acquis.
Laura — La question de l’anglais est à ce niveau exemplaire. Il faut savoir que le niveau d’anglais des élèves du secondaire est vraiment très faible en Wallonie… les cours de langue sont très pauvres…
Claire — …Et l’étude de l’anglais n’est même pas obligatoire pour un élève wallon (alors qu’en Flandre, on se doit de parler néerlandais, allemand, français et anglais ! ).
Laura — Très rares sont les jeunes Wallons qui, en sortant de Rhéto, savent tenir une conversation en anglais.
Claire — Or partir une année dans une High School américaine changerait tout à l’affaire. En sachant par ailleurs que plus l’élève partira tôt, plus il en tirera de bénéfices linguistiques (souplesse et facilité à intégrer la nouvelle langue, bases solides qui permettent ensuite de progresser vite et d’aller plus loin dans sa maîtrise de la langue). À ce niveau, Il en est de l’apprentissage de la langue comme de l’apprentissage de la musique.
5 | La politique de PIE Belgique : s’affranchir du système
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On s’aperçoit que les pays qui se placent dans le peloton de tête des départs à l’étranger durant le cycle secondaire, sont :
- soit les pays (type Norvège ou Italie) qui facilitent la mobilité en accordant une équivalence totale de l’année (sans mettre en place de contraintes administratives à cette validation)
- soit les pays qui vont cultiver ouvertement le concept de mobilité en promouvant l’idée de Gap Year (type Allemagne)
Les pays qui rejettent l’équivalence et mettent en place des obstacles administratifs au départ (comme la Belgique ou la France) ou qui entretiennent des blocages psychologiques du type « année perdue » (comme la France ou, à un moindre degré la Belgique) sont quant à eux à la traîne.
Dire qu’une année à l’étranger est une “année perdue” s’appuie une vision purement comptable de l’éducation. Si l’on regarde le développement de la personne, les acquis parallèles (voir point 2), et si l’on s’en réfère aux témoignages de tous ceux qui ont fait l’expérience, cette année de césure est au contraire l’année la plus marquante de la scolarité, celle « où l’on gagne le plus ». Les écoles qui raisonnent en termes d’année perdue, et qui inculquent cette idée aux élèves sont quelque part autosuffisantes : elles se considèrent comme les seules capables de produire une éducation de qualité, se refusent à parier sur les forces de chaque système, sur la complémentarité des approches et sur les fruits que la découverte d’une autre école, le temps d’une année, peut apporter à un élève.
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EN CONCLUSION | le message de PIE aux jeunes Wallons
C’est pourquoi PIE BELGIQUE conseille aux adolescents Wallons qui ont conscience des avantages de partir une année scolaire à l’étranger :
- soit de partir après la rhéto (c’est ce que font déjà la plupart des jeunes Wallons)
- soit de partir entre la 4e et la 6e secondaire, mais sans se soucier du système d’équivalence EXPEDIS et en assumant clairement l’idée d’une année non validée par l’administration.
En agissant ainsi :- l’élève s’affranchit du stress induit par une forme de double scolarité, avec des obligations en termes de matières à suivre, de planning, d’examens à passer pour satisfaire les deux écoles ;
- il ne pollue pas son année de césure avec ces obligations qui vont, à la fois, freiner son intégration au sein de son école à l’étranger et nuire à son expérience sur place. Grâce à cette approche, l’élève pourra se concentrer sur l’anglais, suivre des cours qui ne lui sont pas proposés en Belgique (type « speech », « psychology », « design », « marketing », « astronomy », « art »…), se concentrer sur une autre approche éducative et d’autres acquis ;
- il se libère donc d’un système contraignant, qui ne lui offre aucune certitude en termes d’équivalence (voir plus haut) et en sachant par ailleurs qu’il conserve le droit de demander cette équivalence au retour et ce, même s’il n’a pas déposé de dossier avant de partir.
C’est en assumant clairement ces choix que l’adolescent belge bénéficiera pleinement de son année de césure. Il ne rencontrera à son retour aucun obstacle à sa réintégration dans le système belge, bien au contraire (maturité, atout linguistique, goût pour les études…).
L’élève belge doit par ailleurs bien intégrer le fait qu’en termes de planning d’études, partir après la rhéto (donc avant d’intégrer le cycle supérieur), revient exactement au même que de partir avant la rhéto (sans passer par le système d’équivalence). Dans un cas comme dans l’autre, l’étudiant entame ses études supérieures une année plus tard, mais mieux « armé » à tous point de vue (acquis linguistiques, développement personnel) et fort d’un bagage éducatif qui va le singulariser et valoriser, et même bonifier son parcours (études, avenir professionnel et personnel)… car les bienfaits d’un tel séjour se mesurent sur le long terme et dans la globalité.
Discussion
Claire — Lorsque j’ai travaillé à PIE en France, j’ai constaté, en aidant les lycéens qui rédigeaient leur dossier PIE pour partir une année, que la plupart d’entre eux ne se posaient absolument pas la question du redoublement, du soi-disant « retard » dans la scolarité. Qu’ils aient 15, 16 ou 17 ans, dans la mesure où ils savaient d’emblée qu’ils n’avaient droit à aucune équivalence, si le projet les intéressait, ils fonçaient : ils s’engageaient dans le projet l’esprit libre, sans calcul, en sachant qu’à leur retour, ils réintègreraient le système français là où ils l’avaient laissé. Et j’en suis venue à regretter qu’il n’y ait pas plus de jeunes Belges qui raisonnent ainsi. Il s’agit en fait de changer leur approche.
Laura — Le chemin est ardu, car beaucoup d’enseignants belges (la plupart de mes collègues en tout cas) sont très ancrés dans la tradition et très attachés au parcours classique et à ces méthodes très rigides : ils ne vont donc pas du tout pousser les élèves à prendre de la hauteur et à se soustraire le temps d’une année au système.
Claire — Ajoutons à cela que les parents vont bien souvent relayer le discours et les inquiétudes des professeurs et de l’administration scolaire (« mon enfant va perdre ses acquis », « prendre du retard », « ne pas se réintégrer », etc.).
Laura — Il est difficile dans ces conditions pour les adolescents de faire le choix d’un parcours original et individualisé et de bousculer le calendrier et le parcours linéaire et officiel !
Claire — À nous de les aider à se démarquer, à s’abstraire de la question du redoublement, à assumer leur choix, à penser en termes de complémentarité, de savoirs qui s’additionnent. Je pense que ce discours est plus audible en Wallonie qu’en Flandre ! La mobilité est globalement profitable. C’est vrai pour les étudiants du secondaire, mais c’est vrai aussi pour ceux du supérieur. La possibilité d’étudier après sa Rhéto sur un campus américain ou canadien est à envisager également, de même que la possibilité de travailler aux États-Unis en tant que jeune fille au pair.





