“Reculer pour mieux sauter” pourrait —dans l’acception positive du terme— être sa devise. Maxence, 17 ans, s’apprête à partir pour un an aux États-Unis. Alors qu’il est Belge, il a choisi de confier l’organisation de son séjour à une association à l’origine française : PIE.
Ces deux choix majeurs, Maxence les a faits avec calme et raison. Il s’en explique. À ceux qui craignent, comme certains de ses professeurs, de le voir faire “un pas en arrière” dans sa vie ou dans ses études, Maxence répond intelligemment qu’il “prend juste un peu de recul, donc un peu de distance, donc un peu de temps.” À six mois de l’échéance, il pense simplement à demain : à son départ qui s’approche, à cette période de dix mois qui sera en fait un pas de côté dans son parcours, et qui se transformera en atout pour aborder la suite de son chemin.
À l’écouter, on comprend que “Reculer pour mieux sauter” est pour lui, et de façon très terre à terre, une sorte de stratégie d’optimisation et, de façon plus poétique, une vraie métaphore de l’élan.
En images : 1. Maxence d’aujourd’hui et de demain — 2. 314 interview Maxence — 3. La future maison d’accueil de Maxence, dans le Wisconsin
PRÉNOM : Maxence
NOM : DE GIETER
NATIONALITÉ & ÂGE : Belge, 17 ans
PARCOURS PIE : Futur étudiant d’échange (programme High School). Départ en Août dans le Wisconsin
SITUATION : Élève en 6e secondaire à Chastre (Belgique)
3.14 — Pourquoi partir une année aux USA ?
Maxence — Avant d’intégrer l’université, je voulais découvrir un peu le monde. Il faut dire que je n’ai jamais trop bougé de Belgique, je voulais donc voir du pays…. Et je me suis dit que ce premier départ en appellerait d’autres. Après cela, je serai capable d’aller un peu partout. J’ai choisi l’Amérique pour l’espace et parce que ce pays me paraît incontournable… je l’ai choisi pour la langue aussi, à la fois pour progresser et puis aussi par facilité : comme je me débrouille pas trop mal en anglais, j’ai pensé que ce serait plus simple de m’adapter là-bas que dans un pays dont je ne maîtrise pas du tout la langue. Partir c’est aussi une question de respiration, un break que je m’accorde avant de me lancer les études supérieures.
3.14 — Comment as-tu eu connaissance de ce programme ?
Maxence — J’avais entendu parler, dès ma troisième secondaire (j’avais donc 14 ans), de la possibilité de partir 2 ou 3 mois en échange, mais l’an passé, j’ai connu une Américaine qui était venue passer une période conséquente en Belgique avec un programme de ce type. Le fait d’avoir un contact direct avec quelqu’un qui vivait cette expérience a été déterminant. Le fait de partir plus longtemps, de m’intégrer vraiment, de devenir Américain pour une année… tout à coup, ça m’a tenté. Alors, j’en ai parlé à mes parents.
3.14 — Comment ont-ils réagi ?
Maxence — Ils étaient très étonnés… surtout par l’idée de la longue durée —enfin je crois—, mais ils ont tout de suite acquiescé.
Personne ne nous parle de cette possibilité de partir avant la rhéto… Et pourtant, à y bien réfléchir, dans la mesure où on part dans l’idée de s’offrir une césure d’une année, la prendre avant ou après la rhéto ne change rien à l’affaire : dans un cas comme dans l’autre on va démarrer ses études supérieures au même âge.
3.14 — As-tu à un moment ou à un autre envisagé ou regretté de ne pas l’avoir fait avant ta rhéto, donc au cours de ton cycle secondaire ?
Maxence — Non. Je ne me serais pas vu couper ma scolarité et abandonner ma vie en Belgique en cours de cycle. Je l’abandonnerai l’an prochain c’est vrai, mais ça me paraît plus simple de le faire dans un moment de transition, entre deux périodes de ma vie. Partir au milieu du secondaire, ça impliquait aussi de rattraper tous les cours. Je connais deux élèves qui ont fait ça et c’était compliqué pour eux, car ils ont dû mener de front les deux programmes (Belgique et USA) et satisfaire aux deux écoles en même temps. Au final ils étaient contents, mais cela n’a pas été simple à mener.
3.14 — Il est clair que le système belge, qui contraint beaucoup l’élève, ne facilite pas du tout ce type de césure. As-tu pour ta part imaginé pouvoir faire une année à l’étranger sans te soucier de ta scolarité en Belgique, puis refaire une année de secondaire supplémentaire à ton retour ?
Maxence — Non honnêtement, je n’y ai pas pensé. Et je ne crois pas que de jeunes Belges puissent l’envisager. Personne ne nous parle de cette possibilité. Et pourtant, à y bien réfléchir, dans la mesure où on part dans l’idée de s’offrir une césure d’une année, la prendre avant ou après la rhéto ne change rien à l’affaire : dans un cas comme dans l’autre on va démarrer ses études supérieures au même âge.
3.14 — Pourquoi as-tu choisi notre association, PIE ?
Maxence — En Belgique, WEP est très présent. Dans un premier temps je me suis logiquement dirigé vers eux. Mais il y avait deux problèmes : leur tarif pour les élèves qui en avaient fini avec le secondaire (donc les “post Rhéto”) était cher et j’avais entendu dire que les familles d’accueil n’étaient pas bénévoles. J’avais peur de tomber sur une famille qui accueillerait pour gagner de l’argent. Alors j’ai cherché, cherché… j’en ai parlé… et après plusieurs semaines, j’ai trouvé PIE.
3.14 — Il se trouve que les écoles américaines ne pratiquent pas la politique du redoublement : elles sont donc réticentes à accueillir des élèves diplômés du secondaire (pour éviter les décalages d’âge et de maturité). Les places pour les élèves étrangers de plus de 18 ans sont donc très limitées… Il est forcément tentant pour les organismes de proposer ces places très recherchées à des tarifs plus élevés. Mais PIE se refuse à appliquer cette politique.
Maxence — Oui, vous étiez les seuls à proposer les mêmes tarifs pour tous les âges (que l’on soit diplômé ou non). J’ai épluché votre site… sur l’écran ça m’a plu, et bien que vous soyez français (NDLR : à l’époque piebelgique.com n’existait pas), je vous ai contactés. J’ai assisté à une réunion d’information en ligne. Ça m’a séduit, car j’avais un contact de proximité. C’était pas trop administratif : je parlais à quelqu’un. Derrière le site, derrière la vitrine, il y avait de vraies personnes !
3.14 — Comment a réagi ton entourage face à ton projet ?
Maxence — Côté famille, amis, proches, je n’ai pas senti de réticences. Tout le monde a compris, a perçu la cohérence de mon projet. Côté école, c’était très différent : j’ai senti, à tout le moins, de l’étonnement pour ne pas dire des résistances.
3.14 — Qui s’est manifesté comment ?
Maxence — Certains profs m’ont dit : “Mais pourquoi un tel choix alors que cela n’a rien à voir directement avec tes études.” Il faut dire que je suis en option “sciences” et qu’ils ne comprenaient pas l’intérêt que j’avais à étudier hors du système belge. D’autres, considérant que l’école américaine étant moins performante en sciences et que j’allais perdre du terrain et arriver moins performant à l’université, m’ont dit :“Tu vas perdre tes connaissances, tes capacités seront moindres.”
3.14 — Que réponds-tu à cet argumentaire ?
Maxence — Que c’est mon choix. De toute façon, je ne sais pas encore ce que je vais faire. Je ne pense ni me diriger vers médecine ni vers l’ingénierie… je ne rentre donc pas dans ce débat. En anglais, je ne pense pas que je vais régresser. De plus, je pars pour découvrir d’autres choses, choisir de nouvelles matières. J’ai vu par exemple que je pourrais faire de la criminologie, des choses comme ça… Je suis content de disposer d’une année supplémentaire pour m’orienter.
3.14 — Le fait que la structure d’origine de PIE soit française ne vous a pas dérangés, toi et tes parents ?
Maxence — Non pas vraiment. Peut-être le fait que le stage d’orientation et le départ aient lieu à Paris !… mais ce n’est pas bien loin non plus. Le prix et le fait que le contact était chaleureux l’ont emporté.
3.14 — Quelle est ton attente principale par rapport à ton séjour ?
Maxence — Changer de monde. Disposer de temps, pour élargir mon champ de vision.
3.14 — Que crains-tu le plus ?
Maxence — De ne pas réussir à m’intégrer. Il paraît qu’au premier abord c’est facile de créer le contact avec les Américains, mais que c’est plus dur de se faire de vrais amis. Je voudrais réussir mon intégration sociale. Parfois, quand je réfléchis à la décision que j’ai prise, j’ai des petites inquiétudes, mais quand je pèse le pour et le contre, rien ne me permet de mettre en cause mon choix.

3.14 — Tu as déjà reçu ton placement, n’est-ce pas ?
Maxence — Oui, j’ai été placé vite Je vais chez un couple sans enfants dans le Wisconsin. Ils travaillent dans le médical. Ça se présente bien. Pas d’inquiétude particulière. Même mes parents, ça va : ils sont plutôt confiants dans ma façon d’aborder les choses. C’est plus ma mère qui est inquiète.
3.14 — Cela se manifeste comment ?
Maxence — Elle me dit : “Tu vas m’abandonner, seule, pendant dix mois ?”... Je lui réponds que “ça va aller !” C’est vrai après tout, début juin 2027, c’est pas bien loin… et puis mon père et ma soeur restent à la maison !
Oui. Je dirai plutôt que j’ai choisi d’errer un peu plus dans mon labyrinthe, d’avancer plus tranquille avant de trancher. Dans un an, j’aurai plus d’éléments en main pour le faire. De tout façon je trouverai la voie de sortie.
3.14 — As-tu déjà rêvé —au sens premier du terme— à ton séjour à venir ?
Maxence — Jamais, non. Parfois quand je m’ennuie, quand je rêvasse, oui ça m’arrive d’y penser et de me faire un film. Je m’imagine dans l’avion, débarquant à l’aéroport. Tout se passe très bien… exactement comme il faut. Je m’entends bien avec ma famille d’accueil. J’ai des amis. Je sais que ça ne se passera pas comme ça et qu’il me faudra affronter les difficultés ordinaires. Mais ça me détend.
3.14 — Où en seras-tu dans cinq ou dix ans ?
Maxence — Je ne sais pas. Je ne sais même pas où je serai dans deux ans. Je vais vivre à fond avant de choisir mon orientation. Je vais essayer d’être disponible à tout ce (et pour tous ceux) qui se présente(nt). À mon retour des USA, il me restera deux mois pour décider vers quoi je me dirige.
3.14 — Si tu n’avais pas fait ce choix de partir une année, ou en serais-tu ?
Maxence — J’aurais la pression. Je n’aurais pas le recul. J’aurais peut-être fait un test pour savoir qui j’étais et ce que je voulais vraiment faire, et j’aurais agi et choisi en fonction.
3.14 — On a l’impression que tu refuses de devoir trancher immédiatement. Comme si tu étais dans un labyrinthe et que tu ne voulais pas choisir définitivement ton chemin ?
Maxence — Oui. Je dirai plutôt que j’ai choisi d’errer un peu plus dans mon labyrinthe, d’avancer plus tranquille avant de trancher. Dans un an, j’aurai plus d’éléments en main pour le faire. De tout façon je trouverai la voie de sortie.







